Une épargne salariale durable & responsable

Tous ces termes obscurs sont des labels publics ou privés ayant pour vocation de certifier les supports d’investissements. Ils visent à certifier leur caractère durable ou socialement responsable. Ceci part donc d’un bon sentiment : aider les investisseurs que nous sommes à nous y retrouver et faire monter en qualité ce milieu. Néanmoins ceci ressemble beaucoup à une jungle où seuls les spécialistes s’y retrouvent. Pourtant c’est un sujet de société!

Selon l’enquête annuelle du Forum pour l’Investissement Responsable (FIR) et de l’agence Vigeo plus de 6 français sur 10 disent accorder une place importante, voire très importante, aux impacts environnementaux et sociaux dans leurs décisions de placements. Pourtant, dans le même temps, près de 1 français sur deux n’a néanmoins jamais entendu parler d’investissement socialement responsable.

Alors comment faire pour faire se comprendre ces deux mondes ? Comment convaincre les français d’investir plus massivement dans ces sujets? L’intérêt est là, c’est certain, et que les sujets ne manquent pas : biodiversité, changement climatique, pollution, emploi ou encore respect des droits de l’homme.

La première des réponses est assurément la pédagogie qui doit être de deux ordres :

  • La première des questions que se pose un investisseur, c’est « combien ce placement rapporte-t-il ? ». Or, l’idée qu’un investissement ne peut pas être à la fois écologique et responsable ET financièrement attractif est encore trop répandue.
  • La deuxième des questions que se pose l’épargnant est « à quoi sert mon argent ? ». Cette interrogation prend de plus en plus d’ampleur dans la réflexion de placement des français. Il est donc clef que les gens comprennent exactement ce dont il s’agit. Les critères de labélisation doivent être explicites et normalisés. Un gros travail a déjà été fait. Il faut encore mettre en oeuvre un gros effort de marketing de l’existant.

Une transparence accrue de la part des fonds est primordiale. Être labelisé c’est bien, c’est même un prérequis mais ce n’est pas suffisant. Les grands principes sont importants. Les projets concrets aux résultats mesurables sont encore plus rassurants. Ils sont engageants et valorisant pour l’investisseur qui prend part à une aventure dont il peut parler.

Ne l’oublions pas, si nous voulons que ces investissements se démocratisent, ces fonds doivent venir vers les épargnants. C’est une condition sine qua non pour que les encours augmentent.

Finalement, pour attirer cette épargne il faut un cadre attractif et des dispositifs approprié.

L’épargne salariale et retraite est le dispositif drainant le plus de capitaux dans le domaine de l’épargne solidaire et responsable **. Elle a, par essence, un rôle majeur à jouer. L’idée initiale du général De Gaulle n’était-elle pas de réconcilier le capital et le travail en inscrivant cette relation dans la durée. Alors, donner un sens durable et responsable à ses investissements tombe sous le sens. Il doit être encouragé, d’autant que les salariés sont en demande et ceci sans effet d’aubaine***.

Le gouvernement a décidé en mars dernier le report pour cette année de la date limite de versement des primes d’intéressement et de participation aux salariés. Concrètement, vous avez donc jusqu’à la fin de l’année pour décider de l’utilisation de ces sommes. Sans réponse de votre part, elles seront automatiquement affectée pour moitié dans un Plan d’Epargne Entreprise (PEE) (donc bloquées 5 ans) et pour moitié dans un Plan d’Epargne Retraite Collectif (PERCOL) (donc bloquées jusqu’à la retraite)****.

Or, saviez-vous que toutes les entreprises ayant souscrit un PEE ou un PERCOL pour leurs salariés ont l’obligation de proposer au moins un fonds solidaire parmi l’ensemble des fonds proposés? … un fond solidaire étant un fonds investi à hauteur de 5 à 10 % dans des entreprises dites solidaires, donc engagées dans des projets à forte utilité sociale ou environnementale.

2020, année très particulière, peut encore se démarquer, non pas seulement pour être l’année de la pandémie, mais aussi, pourquoi pas, par le début d’un engouement pour l’investissement durable & responsable, profitable à tous.

* CIES : délivré par le Comité intersyndical de l’épargne salariale, qui atteste que les fonds d’épargne salariale intègrent des critères ESG dans leur gestion.

ESG : label privé identifiant les entreprises en fonction de critères sociaux, environnementaux et de gouvernance d’entreprise.

Finansol : label privé identifiant des produits solidaires.

Greenfin : label créé par l’État français ; anciennement dénommé label Transition énergétique et écologique pour le climat, cible la lutte contre le changement climatique.

ISR : label créé par l’État français ; impose de respecter les critères de l’investissement socialement responsable.

** https://www.lafinancepourtous.com/decryptages/finance-et-societe/finance-durable/finance-solidaire/lepargne-solidaire-en-quelques-chiffres/

*** https://www.epargne-salariale.fr/blog/2020/07/31/lepargne-salariale-outil-clef-de-la-transition-ecologique/

**** Il est à noter que la loi PACTE a donné un droit de rétractation d’1 mois pour les sommes investies par défaut sur le PERCOL.

Photo de Ian Dooley – Unsplash

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